PIERRE GEORGE (1909-2006)

 

 

L'oeuvre de Pierre George, qui est mort à 96 ans, lundi 11 septembre à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), a constitué une étape très importante dans le développement de l'école géographique française. Jusqu'à la seconde guerre mondiale, celle-ci s'était surtout intéressée, au plan mondial ou régional, aux formes du relief et aux aspects des campagnes ou à la localisation des matières premières et elle ne prenait guère en compte les problèmes urbains et les paysages industriels.

Dès ses premiers cours à la Sorbonne (Institut de géographie) en 1948, Pierre George - né le 11 octobre 1909 à Paris - donna à la géographie une tout autre dimension, en accordant une importance fondamentale au plan mondial à ce qu'il appelait les "systèmes économiques et sociaux", ceux du système capitaliste et ceux du système socialiste. Dans l'ambiance de l'époque, ses cours suscitaient grand intérêt. On pouvait bien évidemment y reconnaître l'influence du marxisme, mais Pierre George ne s'y référa jamais explicitement, pas plus qu'aux "luttes de classes". Ces cours furent largement diffusés dans l'opinion par une série de petits "Que sais-je?" : Géographie sociale du monde, Géographie industrielle du monde, etc.

Dans les années 1950 et 1960, Pierre George orienta pour leurs sujets de thèse le choix de ses meilleurs étudiants - alors plus ou moins marxistes - vers l'étude des différents types de phénomènes urbains ou de diverses grandes industries. Pourtant la thèse de géographie régionale que Pierre George avait soutenue en 1934 (à 25 ans !) sur "la Région du Bas-Rhône" avait été des plus classiques. Mais il faut tenir compte ensuite de son engagement syndical et politique. Membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, il adhère au Parti communiste en 1936. C'est alors son intérêt pour l'Union soviétique qui l'amena à apprendre le russe, afin de rendre compte pour la Bibliographie géographique internationale des articles géographiques publiés dans ce pays.

Ceci lui permit de publier en 1947 le premier gros livre de géographie en français sur l'Union soviétique. Dans une tout autre optique, Pierre George publie en 1951 à l'Institut national d'études démographiques une remarquable Introduction à l'étude géographique de la population dans le monde qui inaugure de longues relations d'amitié avec Alfred Sauvy et un rôle actif parmi les démographes.

 

"LA FRANCE DE DEMAIN"

L'activité éditoriale de Pierre George, aux Presses universitaires de France, est considérable. Outre les "Que-sais-je?", son ami Pierre Angoulvent lui donne les moyens de lancer plusieurs collections "La France de demain", "L'Europe de demain" et la collection Magellan. En 1965, il publie la Géographie active (toujours aux PUF) où il montre en quoi les géographes, par leur capacité d'analyse des "situations", peuvent contribuer à un meilleur aménagement des territoires.

Pour Pierre George, qui s'était éloigné progressivement du Parti communiste, la crise de 1968 aura de profondes conséquences. Il ne comprend pas l'agitation étudiante et se tient à l'écart des différents courants qui agitent le milieu des géographes, y compris de ceux qui se réclament de lui.

Outre un Dictionnaire de la Géographie (1970) dont il dirige la réalisation, les livres que Pierre George publiera après 1968 traitent non sans nostalgie surtout de la "perte de repères dans le monde actuel". En 1980, il est élu membre de l'Institut, à l'Académie des sciences morales et politiques. Son dernier livre, Le Temps des collines (1995, La Table ronde), est une émouvante méditation, en souvenir d'Avignon et des paysages du Bas-Rhône, après avoir réalisé une oeuvre considérable.

Necrológica publicada por Yves LACOSTE: "Pierre George, géographe", Le Monde, 18 de septiembre de 2006.

 

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